L’approche « One Health », c’est quoi ?
SansPoison a participé à un colloque « One Health », organisé par le Centre suisse de toxicologie humaine appliquée (SCAHT) et le Centre écotox. « One Health » considère la santé des êtres humains, des animaux et de l’environnement comme un réseau interdépendant (voir encadré). Sa mise en œuvre nécessite une approche interdisciplinaire aux niveaux national et international. En 2023, les quatre organisations suivantes : le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) se sont associées pour faire avancer cette approche globale. [1]
Définition selon le One Health High Level Expert Panel (OHHLEP), 2021 :
« Le principe Une seule santé [One Health] consiste en une approche intégrée et unificatrice qui vise à équilibrer et à optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes.
Il reconnaît que la santé des humains, des animaux domestiques et sauvages, des plantes et de l’environnement en général (y c. des écosystèmes) est étroitement liée et interdépendante.
L’approche mobilise de multiples secteurs, disciplines et communautés à différents niveaux de la société pour travailler ensemble à fomenter le bien-être et à lutter contre les menaces pour la santé et les écosystèmes. Il s’agit également de répondre au besoin collectif en eau potable, en énergie propre, en air pur, et en aliments sûrs et nutritifs, de prendre des mesures contre le changement climatique et de contribuer au développement durable. »[2]
Étude de cas n° 1 : Résistances aux antimicrobiens
La résistance aux antimicrobiens (RAM) fait partie du processus d’évolution et peut apparaître de différentes manières. D’une part, le génome des micro-organismes, par exemple celui des bactéries, subit des modifications spontanées par mutation. D’autre part, ils peuvent acquérir des gènes de résistance provenant d’autres bactéries, notamment après la mort de celles-ci (transfert génétique horizontal). Ces deux mécanismes peuvent conduire au développement d’une résistance. Lors de la division cellulaire, une bactérie transmet cette propriété à sa descendance, ce qui donne naissance à des souches bactériennes résistantes.[3],[4]
Quelle est la différence entre la résistance aux antimicrobiens et la résistance aux antibiotiques ?
Ces termes sont étroitement liés, mais ne sont pas synonymes. Les antibiotiques n’agissent que contre les bactéries, c’est pourquoi la résistance aux antibiotiques constitue une sous-catégorie de la RAM. Parmi les autres sous-catégories de la RAM, on trouve la résistance aux antifongiques (contre les champignons), aux antiparasitaires (contre les parasites) et aux médicaments antiviraux (contre les virus). [5]
En principe, toute utilisation d’antibiotiques augmente le risque d’apparition de résistances, même lorsqu’elle est médicalement justifiée et nécessaire. Cependant, les erreurs humaines accélèrent inutilement ce processus, par exemple par l’utilisation inappropriée d’antibiotiques contre les rhumes (qui sont principalement causés par des virus) ou par l’administration d’un antibiotique à large spectre alors qu’un antibiotique à spectre étroit suffirait. Ces deux pratiques favorisent l’apparition de bactéries résistantes en éliminant les bactéries sensibles (sélection), alors qu’il n’y avait aucune urgence.[4] Aujourd’hui déjà, 700 000 personnes meurent chaque année à cause de la résistance aux antimicrobiens (RAM).[3] Mais pourquoi s’agit-il d’un problème relevant de l’approche « One Health » ?
Les RAM sont rejetées dans l’environnement, directement ou indirectement, par les eaux usées provenant des excrétions humaines et animales. Même après leur passage dans une station d’épuration, les eaux usées restent une source de RAM pour les eaux de surface, car tous les micro-organismes ne peuvent pas être éliminés.[3],[6] En raison du transfert génétique horizontal, l’environnement devient ainsi un réservoir de résistances. Les écosystèmes intacts, tels qu’un biofilm riche en biodiversité dans les cours d’eau, sont moins sensibles aux RAM, tandis que les écosystèmes fortement pollués présentent généralement davantage de résistances.[3] Cela illustre le lien étroit entre les écosystèmes intacts et la santé humaine et animale.
Étude de cas n° 2 : les PFAS
Les PFAS se caractérisent par la liaison la plus forte qui existe en chimie, à savoir celle entre un atome de carbone et un atome de fluor (C-F) (voir figure 2). Les PFAS sont donc extrêmement stables sur le plan chimique et thermique, et présentent en outre des propriétés résistantes à l’eau et aux graisses. En raison de ces propriétés, les PFAS sont utilisés dans des applications où des conditions extrêmes doivent être supportées, par exemple pour le revêtement des poêles à frire. Ils étaient également fréquemment utilisés dans les mousses extinctrices. Ces propriétés très intéressantes sur le plan technique ont conduit à une large utilisation des hydrocarbures fluorés (PFAS), ce qui se traduit aujourd’hui par des concentrations environnementales locales élevées. Le problème : certains PFAS se lient fortement à la matière organique et contaminent ainsi les sols, tandis que d’autres sont mobiles et se retrouvent dans les cours d’eau. [7]

Une fois dans l’eau, elles s’accumulent dans les organismes aquatiques et sont absorbées par les plantes. Les animaux d’élevage, en particulier, y sont exposés en grandes quantités par le biais de l’eau potable et de l’alimentation animale. L’être humain les absorbe principalement par la consommation de poisson et de viande, mais aussi par l’eau potable, l’air et la peau (par exemple, à travers l’application de crèmes pour la peau). Elles pénètrent dans le sang et sont ainsi diffusées dans l’organisme (voir encadré). Elles sont principalement éliminées par l’urine, mais aussi par les selles ou le lait maternel, et se retrouvent ainsi dans les eaux usées ou chez le nourrisson.[7],[8],[9]
Des PFAS dans le corps – à éviter
Le profil toxicologique des PFAS est presque aussi varié que le groupe de substances lui-même. Les composés à chaîne courte, tels que le PFBA ou le PFBS, sont dégradés et éliminés plus rapidement, tandis que les composés à chaîne longue, tels que le PFHxS, le PFOS et le PFOA, sont difficilement dégradables et persistent plus longtemps dans l’organisme. [9]
Dans l’organisme, les PFAS se lient aux protéines sériques et aux protéines liant les acides gras, ce qui leur permet d’être transportés vers les organes. Ils s’accumulent notamment dans le foie et les reins – nos organes de détoxification et de filtration –, ce qui favorise l’apparition de maladies ou de dysfonctionnements. [9]
Le PFOA et le PFOS présentent des risques particuliers : en raison de leur similitude structurelle avec les hormones thyroïdiennes T3 et T4, ils peuvent se lier à la protéine de transport transthyrétine à la place de la T4 et ainsi favoriser, à long terme, une hypothyroïdie. De plus, tout comme le PFNA et le PFHxS, ils inhibent la production d’anticorps et la réponse immunitaire. Le PFOA est par ailleurs considéré comme « cancérigène pour les humains », tandis que le PFOS est classé comme « potentiellement cancérigène ». [9]
Vous pouvez également en savoir plus sur les PFAS en consultant les articles « Les PFAS sont les « nouveaux PCB » ! », « TFA dans les pesticides » et « Des produits chimiques dans la cuisine (partie 1) ».
Mise en œuvre – que fait la Suisse ?
Depuis 2016, « One Health » est inscrit en tant qu’organe subsidiaire dans l’ordonnance sur les épidémies (OEp). Il est composé de représentant·e·s de différentes disciplines (OSAV, OFSP, OFEV, OFAG, le Service vétérinaire de l’armée et d’autres institutions) et soutient les offices fédéraux « dans la détection, la surveillance, la
prévention et la lutte contre les zoonoses et les vecteurs ainsi que dans le traitement et la coordination
d’autres thèmes transversaux au sein de divers groupes de travail ».[10] Examinons cela de plus près à l’aide d’exemples concrets.
Résistances aux antimicrobiens (RAM) : la stratégie nationale de lutte contre la résistance aux antimicrobiens (Stratégie Antibiorésistance, StAR) s’appuie sur l’approche « One Health » afin de ralentir l’apparition de la résistance, de la détecter à un stade précoce et de briser les chaînes de transmission. Dans ce cadre, le plan d’action « One Health » StAR[11] a été adopté en 2024.
PFAS : Le Conseil fédéral a certes décidé, en septembre 2025, de ne pas mener d’étude sur l’exposition de la population suisse aux PFAS.[12] Il a néanmoins approuvé, en décembre 2025, la demande formulée dans le postulat Moser (22.4585) visant à élaborer un plan d’action « pour la réduction de l’exposition de l’homme et de l’environnement aux substances chimiques persistantes ».[13] L’organe subsidiaire « One Health » joue ici un rôle de coordination et de soutien.
À quoi sert l’approche « One Health » à l’échelle mondiale ?
Cette approche est ancrée sur tous les continents sous la forme de stratégies, de lignes directrices ou de plans d’action[14],[15],[16], l’Asie du Sud-Est ayant joué un rôle central dans sa reconnaissance internationale.[17] En Europe, depuis 2024, les cinq agences ECHA, EMA, ECDC, EEA et EFSA s’engagent en faveur de la mise en œuvre du programme « One Health ».[18]
L’approche « One Health » est-elle réalisable ?
Le principal défi concernant la mise en œuvre réside sans doute dans la grande complexité de cette approche globale. Les écosystèmes sont extrêmement complexes et leurs évolutions liées au changement climatique sont difficiles à prévoir.[19] La mondialisation permet aux agents pathogènes ou aux espèces envahissantes d’être transportés sur de longues distances.[20] Ces dernières tirent souvent profit du changement climatique et peuvent de plus en plus s’établir également dans les régions septentrionales.[21] De plus, la mise en œuvre nécessite une coopération mondiale étroite entre différents secteurs et nations, ainsi que des ressources suffisantes.
Selon l’OMS[22], il est en outre nécessaire de mieux comprendre les facteurs qui favorisent la transmission d’agents pathogènes de l’animal à l’être humain et les moyens de minimiser ce risque. Or, on constate que l’approche est fortement axée sur l’approvisionnement en denrées alimentaires d’origine animale, alors que la consommation de viande et de lait – sans parler de la souffrance animale – n’est durable ni sur le plan écologique ni sur celui de la politique climatique. Pour remédier à cette contradiction, il serait judicieux d’intégrer dans les objectifs un changement des habitudes de consommation en faveur d’une alimentation plus végétale, ainsi qu’un travail de sensibilisation à l’alimentation durable.
Pas de protection de la santé sans protection de l’environnement
Les exemples cités ci-dessus illustrent le lien étroit qui existe entre la santé des êtres humains, des animaux et des plantes, d’une part, et des écosystèmes intacts, d’autre part. Investir dans la protection de l’environnement, c’est donc aussi investir dans la sécurité alimentaire et la santé à long terme de toute forme de vie.
[1] Conférence de Prof Dr. med. vet. Salome Dürr (23.06.2026): One health: a brief introduction into a complex topic
[2] BLV: One Health (consulté le 13.07.2026)
[3] Conférence de Dr. Helmut Bürgmann (23.06.2026): The fate of AMR in aquatic environments
[4] Bundesrat (2015): Strategie Antibiotikaresistenzen Schweiz
[5] Rat der Europäischen Union (2023): Bekämpfung antimikrobieller Resistenzen (consulté le 17.07.2026)
[6] Bryner (2012): Genfersee: Antibiotikaresistenzen auf dem Vormarsch (consulté le 17.07.2026)
[7] Conférence de Dr. Alexandra Kroll et Dr. Lothar Aicher (23.06.2026): Case Study PFAS
[8] Scheringer (2018): Toxisch, extrem persistent und häufig verwendet (consulté le 01.08.2026)
[9] Mikkonen et al. (2023): Spatio-temporal trends in livestock exposure to PFAS inform risk assessment and management measures
[10] BLV: Organisation von One Health in der Schweiz
[11] BAG (2024): One Health Aktionsplan StAR 2024-2027
[12] Meier (2025): Bund spart Studie zu Belastung durch PFAS und Pestizide weg (consulté le 17.07.2026)
[13] Bundesrat (2025): Bundesrat beschliesst Aktionsplan zum Umgang mit langlebigen Chemikalien wie PFAS
[14] Molina-Flores et al. (2025): Assessment of One Health Initiatives from a Veterinary Public Health Approach in Latin America and the Caribbean
[15] One Health Initiative (2025): U.S. Government Releases First National One Health Plan to Protect People, Animals, and Our Environment from Shared Health Threats (consulté le 17.07.2026)
[16] AfricaCDC (2025): Zoonotic Disease
[17] Lajaunie et al. (2025): Southeast Asia at the heart of the implementation of the One Health Approach
[18] ECHA (2024): One Health (consulté le 17.07.2026)
[19] Finch et al. (2021): Effects of Climate Change on Invasive Species
[20] Drexler (2010): What You Need to Know About Infectious Disease – 3. Global Challenges
[21] Carbone et al. (2025): Vectors on the Move
[22] WHO (2026): One Health (consulté le 17.07.2026)
