L’association SansPoison demande :
L’autorisation du dicamba en Suisse doit également être reconsidérée.
L’utilisation croisée de variétés résistantes au dicamba et d’herbicides à base de dicamba est une activité très lucrative aux États-Unis
Aux États-Unis, le dicamba est pulvérisé à grande échelle. En effet, Bayer (qui a obtenu cette gamme de produits en rachetant Monsanto) a développé des semences de soja et de coton résistantes au dicamba grâce au génie génétique. En d’autres termes, le dicamba peut être pulvérisé dans ces cultures de coton et de soja, il y tue toutes les « mauvaises herbes », sans tuer le soja et le coton. L’utilisation du dicamba aurait ainsi été multipliée par 20 depuis 2020.
Le dicamba désavantage grandement les agriculteurs et agricultrices qui cultivent du coton et du soja conventionnels – sans résistance aux herbicides – dans les environs des champs où le dicamba est pulvérisé. Le pesticide passe du champ traité aux champs voisins par voie aérienne (dispersion aérienne et évaporation). Cela endommage les champs de coton et de soja conventionnels. Selon l’organisation non gouvernementale états-unienne Beyond-Pesticides, cela se produit à grande échelle. Des milliers d’agriculteurs et agricultrices états-uniens n’utilisant pas la dicamba subissent ainsi des dommages chaque année.[1] Mais cela profite également à Bayer: les agriculteurs léses qui utilisent des semences conventionnelles sont ainsi incités à passer aux semences génétiquement modifiées, résistantes au dicamba.
En février 2024, un tribunal états-unien a annulé l’autorisation de trois herbicides à base de dicamba pour violation de l' »Endangered Species Act », une loi états-unienne importante pour la protection des espèces. En effet, il y a de plus en plus de preuves que la substance active n’est pas aussi inoffensive qu’il y paraissait selon les tests toxicologiques effectués lors de son homologation en 1964 (voir encadré : Effets et toxicité du dicamba).
Effetes et toxicité du dicamba
Le dicamba est un herbicide. Il agit par imitation des hormones végétales naturelles, également appelées auxines, qui aident à contrôler la croissance des plantes. Le dicamba déclenche une forte croissance de la plante, ce qui entraîne la mort de la plante par manque de nutriments. Les précurseurs de cette auxine étaient le 2,4-D et le dichlorprop, connus pour être neurotoxiques et toxiques la reproduction.[2]
Jusqu’à présent, le dicamba était considéré en Europe comme relativement inoffensif du point de vue toxicologique. Cependant, une nouvelle étude menée par Attademo et al. en 2021 montre une biotoxicité élevée chez les espèces d’amphibiens après une exposition de courte durée.[3] Ces résultats diffèrent des données officielles sur les niveaux de toxicité fournies par Bayer. Sans compter que la dangerosité de ces produits pour les amphibiens n’est même pas examinée dans la procédure d’homologation européenne (et suisse), alors que 78 % des espèces d’amphibiens indigènes figurent sur la liste rouge.
Il semble également que cette substance soit plus dangereuse pour nous, les humains, que ce qui a été officiellement annoncé. Une étude de 2020 montre une forte corrélation entre l’utilisation du dicamba et un risque accru de développer plusieurs types de cancer.[4] En outre, il existe de nombreuses études médicales décrivant les effets néfastes du dicamba sur la santé, notamment des lésions rénales ou du foie, des malformations congénitales ou du développement et des maladies respiratoires.[5]
Quelle est la situation en Suisse ?
Actuellement, plus de 60 produits différents contenant la substance active dicamba sont autorisés en Suisse.[6] La quantité annuelle de dicamba utilisée en Suisse est d’un peu plus de quatre tonnes.[7] Comme aux États-Unis, ces produits sont principalement utilisés pour lutter contre les mauvaises herbes. Par contre, pas (encore ?) dans les champs de semences génétiquement modifiées.
Quelles leçons peut-on en tirer pour la Suisse ?
1. Si les méthodes de génie génétique en agriculture sont un jour autorisées par le législateur, les plantes résistantes aux produits phytosanitaires doivent rester interdites. Dans le cas contraire, l’utilisation de pesticides augmenterait fortement.
2. Même les pesticides considérés jusqu’à présent comme inoffensifs peuvent avoir des effets néfastes sur l’environnement et la santé.
3. Une fois de plus, l’exemple du dicamba montre qu’il existe un effet toxique pour les amphibiens, un aspect restant délaissé dans les procédures d’homologation européenne et suisse.
4. Le dicamba est volatile et se disperse donc facilement. Les futures analyses de produits phytosanitaires en Suisse devraient également inclure le dicamba et ses produits de dégradation.
5. Le dicamba devrait être ajouté à la liste des pesticides problématiques, notamment du point de vue de l’agriculture biologique (risque de contamination par dispersion aérienne).
[1] https://beyondpesticides.org/dailynewsblog/2024/02/court-strikes-down-epas-allowance-of-weedkiller-dicamba-after-scathing-inspector-general-report/
[2] https://www.greenpeace.ch/static/planet4-switzerland-stateless/2019/05/361a91b6-361a91b6-2010_schwarze_liste_der_pestizide.pdf
[3]https://www.researchgate.net/publication/349518422_Effects_of_the_emulsifiable_herbicide_Dicamba_on_amphibian_tadpoles_an_underestimated_toxicity_risk
[4] https://academic.oup.com/ije/article/49/4/1326/5827818
[5] https://www.beyondpesticides.org/resources/pesticide-gateway?pesticideid=25
[6] https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/2010/340/de
[7] https://www.blw.admin.ch/blw/de/home/nachhaltige-produktion/pflanzenschutz/verkaufsmengen-der-pflanzenschutzmittel-wirkstoffe.html
