L’association SansPoison demande :
En Suisse, les données relatives à l’épandage de pesticides doivent enfin être recueillies de manière systématique et rendues accessibles.
Les pays voisins déclarent reconnaitre la maladie de Parkinson comme maladie professionnelle
Plusieurs études internationales ont démontré que plus une personne est exposée aux pesticides, plus elle risque de développer la maladie de Parkinson (pour en savoir plus sur la maladie, voir l’encadré orange).[1] Les pesticides sont absorbés par la peau ou entrent dans le corps au travers des voies respiratoires. Cela arrive notamment aux personnes qui épandent les pesticides ou qui vivent à proximité immédiate des zones traitées (par exemple, les vignes). C’est pourquoi la maladie de Parkinson a été reconnue comme maladie professionnelle en Italie en 2008, en France en 2012 et tout récemment en Allemagne.[2] La reconnaissance d’une maladie comme maladie professionnelle signifie que la personne malade, si la maladie est due à son activité professionnelle, reçoit une aide financière pour les traitements médicaux ainsi que pour l’incapacité de travail.
En Suisse, la maladie de Parkinson n’est pas reconnue comme maladie professionnelle. Cela permettrait pourtant de soulager considérablement les personnes malades. De plus, la sensibilisation aux effets nocifs des pesticides sur la santé serait renforcée. Cela pourrait également avoir un effet positif sur la prévention des maladies liées aux pesticides de manière générale. Par exemple en incitant les peronnes concernées à respecter les mesures de sécurité telles que le port d’équipements de protection, une application plus ciblée des pesticides, ou en réduisant l’utilisation des pesticides.[3]
Qu’est-ce que la maladie de Parkinson ?
La maladie de Parkinson est une maladie du système nerveux dans laquelle les cellules nerveuses du cerveau sont continuellement endommagées ou même détruites. Par conséquent, le corps vient à manquer de dopamine (également connue sous le nom d’hormone du bonheur), un neurotransmetteur important pour le contrôle des mouvements. Les symptômes sont divers, le plus souvent surviennent un ralentissement des mouvements, une raideur du corps et des tremblements incontrôlés. Les symptômes peuvent certes être atténués jusqu’à un certain point, mais l’évolution de la maladie ne peut pas être ralentie ou stoppée.
En Suisse, plus de 15 000 personnes en ont été diagnostiquées. Les hommes et les personnes de plus de 60 ans sont davantage touchés.[4]
Le risque de développer la maladie de Parkinson augmente avec l’exposition aux pesticides
On ne sait pas encore exactement comment les pesticides favorisent le développement de la maladie de Parkinson. Les études menées sur le sujet[5] indiquent que l’exposition chronique aux pesticides génère davantage de radicaux libres (= composés chimiques hautement réactifs) dans l’organisme. Ces radicaux libres peuvent réagir avec les structures des cellules vivantes et ainsi les endommager (c’est ce qu’on appelle le stress oxydant). Les cellules nerveuses du cerveau, appelées neurones, peuvent également être « attaquées » par les radicaux libres. Si cela se produit sur une longue période, la maladie de Parkinson peut se développer. Il existe en outre des indices selon lesquels la fonction mitochondriale (les mitochondries sont les « appareils » énergétiques des cellules) est affectée par l’exposition aux pesticides et que cela est lié à la formation de la maladie. Les spécialistes5 parlent d’un risque accru lorsqu’une personne est exposée au moins 100 jours dans sa vie à des pesticides d’un groupe fonctionnel quelconque (= fongicides, herbicides ou insecticides). Le terme « exposée » comprend les activités suivantes, indépendamment de leur durée :
- Préparation du matériel nécessaire à l’épandage de pesticides et son nettoyage après utilisation
- Réalisation de travaux d’entretien du matériel durant l’épandage de pesticides (par exemple, nettoyage de buses de pulvérisation bouchées, réparation de réservoirs non étanches, etc.)
- Épandage des pesticides
En règle générale, plus une personne est exposée aux pesticides, plus le risque de développer la maladie de Parkinson est élevé. Tous les pesticides ne causent pas les mêmes problèmes. Il est prouvé que certains groupes de pesticides présentent un risque plus élevé de déclencher une maladie de Parkinson (voir tableau ci-dessous).
| Groupe fonctionnel | Pesticides | Utilisation en Suisse [6] |
| Fongicides | Dithiocarbamates (par ex. manèbe, dazomet, mancozèbe) Benzimidazoles (par ex. bénomyl, thiophanate-méthyl) | Le manèbe n’est plus autorisé Le bénomyl n’est pas autorisé Volume des ventes de dazomet en 2022 : 2.818 tonnes Volume des ventes de mancozèbe en 2021: 86.174 tonnes Volume des ventes de thiophanate-méthyl en 2022: 0.940 tonne |
| Herbicides | Ammoniums quaternaires (par ex. paraquat) Triazine (par ex. atrazine, terbuthylazine) | Le paraquat n’est pas autorisé L’atrazine n’est plus autorisée Volume des ventes de terbuthylazine en 2022: 11.913 tonnes |
| Insecticides | Roténone Pyréthrinoïdes (par ex. deltaméthrine, cyperméthrine) Insecticides organiques Pesticides chlorés Pesticides organiques à base de phosphore | La roténone n’est pas autorisée Volume des ventes de cyperméthrine en 2022 : 0.325 tonne Volume des ventes de deltaméthrine en 2022: 0.107 tonne |
Quelle est la situation en Suisse ?
En 2022, le conseiller national Christophe Clivaz a déposé une motion demandant la reconnaissance de la maladie de Parkinson et d’autres maladies comme maladies professionnelles des agriculteurs et agricultrices. Celle-ci a été rejetée par le Conseil fédéral et, il y a quelques semaines, par le Conseil national. Le Conseil fédéral justifie ce rejet en arguant que même si la maladie de Parkinson ne figure pas directement dans l’OLAA (ordonnance sur l’assurance-accidents) en tant que maladie professionnelle, elle peut être prise en compte en tant que telle. Ce n’est toutefois le cas que si des statistiques épidémiologiques ou des expériences cliniques permettent de prouver que la maladie a été causée à 75 % au moins par l’activité professionnelle. Ainsi, le problème est commodément évité, car la charge de la preuve repose désormais sur les personnes concernées et non sur le gouvernement. Il est cependant peu probable qu’une personne concernée trouve les ressources nécessaires pour fournir une telle preuve. Compte tenu des résultats de la recherche internationale et du fait que la maladie est déjà reconnue dans les pays voisins, il est incompréhensible que la maladie ne soit pas directement reconnue comme maladie professionnelle pour les agriculteurs et agricultrices et les personnes particulièrement exposées. Cela faciliterait grandement le parcours des personnes concernées.
On pourrait peut-être faire évoluer le discours en disposant de meilleures données sur la question. En effet, il n’existe pas de données collectées sur l’épandage de pesticides en Suisse (quantité, fréquence, lieu) ni de données détaillées sur les maladies de Parkinson. Il n’est de ce fait pas confirmé si les conditions suisses correspondent à celles des études internationales et si, par conséquent, l’on peut transposer leurs résultats ou non. Récemment, une demande adressée au Conseil d’état zurichois par trois parlementaires a redonné de l’espoir. Ils demandent des informations sur le nombre de personnes touchées par la maladie de Parkinson dans le canton de Zurich et sur le nombre d’entre elles qui travaillent ou ont travaillé dans l’agriculture.
Conclusion
L’exemple de la maladie de Parkinson montre que les conséquences des pesticides sur la santé peuvent être graves et se manifester plusieurs années après l’exposition. On connaît un phénomène similaire avec l’amiante. Une reconnaissance de la maladie de Parkinson comme maladie professionnelle aiderait à faire prendre conscience de ce problème. Malheureusement, il ne semble pas que la Suisse soit prête à faire ce pas pour le moment. Pour cela, il faut sans doute une plus grande pression de la part des politiques.
De plus, les liens entre l’exposition aux pesticides et la maladie de Parkinson doivent être étudiés spécifiquement pour la Suisse. Dans cette optique, il est important que la Suisse recueille enfin des données sur l’épandage de pesticides de manière systématique et les rende accessibles.
[1] Une sélection d’études sur le sujet :
Baldi et al. (2003): Association between Parkinson’s Disease and Exposure to Pesticides in Southwestern France.
Elbaz et al. (2009): Professional exposure to pesticides and Parkinson disease. Van Maele-Fabry et al. (2012): Occupational exposure to pesticides and Parkinson’s disease: A systematic review and meta-analysis of cohort studies.
Ahmed et al. (2017): Parkinson’s disease and pesticides: A meta-analysis of disease connection and genetic alterations.
Yan et al. (2018): Pesticide exposure and risk of Parkinson’s disease: Dose-response meta-analysis of observational studies.
Darweesh et al. (2022): Exposure to Pesticides Predicts Prodromal Feature of Parkinson’s Disease: Public Health Implications.
Li et al. (2023): Proximity to residential and workplace pesticides application and the risk of progression of Parkinson’s diseases in Central California.
Paul et al. (2023): A pesticide and iPSC dopaminergic neuron screen identifies and classifies Parkinson-relevant pesticides.
[2] INFOsperber (2024): Parkinson durch Pestizide wird in Deutschland Berufskrankheit
[3] NRD (2024): Berufserkrankung bei Landwirten: Pestizide verursachen Parkinson
[4] Parkinson Schweiz: Was ist Parkinson?
[5] Ärztlicher Sachverständigenbeirat Berufskrankheiten (2024): Wissenschaftliche Empfehlung für die Berufskrankheit „Parkinson-Syndrom durch Pestizide“.
[6] Angaben zur Verkaufsmenge von BLW (2023): Verkaufsmenge je Pflanzenschutzmittel-Wirkstoff.
