Asulame: les autorités jouent à l’autruche

La substance asulame n’est pas autorisée dans l’UE parce qu’elle est considérée comme dangereuse pour la santé humaine: d’une part, elle perturbe probablement le système endocrinien humain et d’autre part, son premier produit de dégradation est un antibiotique et favorise donc les résistances aux antibiotiques. Ces dernières rendent plus difficile le traitement des maladies bactériennes.
décembre 10, 2021
Fausta Borsani

L’utilisation dans les prairies et les pâturages d’herbicides avec la substance active asulame pourrait également expliquer la présence de sulfanilamide dans certains miels d’abeille suisses depuis quelques années[1]. Sans Poison a déjà demandé à plusieurs reprises que l’asulame soit également interdit en Suisse. Selon une nouvelle disposition du 1er janvier 2021 dans l’ordonnance sur les produits phytosanitaires, les substances actives qui sont retirées dans l’Union européenne doivent également être interdites en Suisse. Une conseillère nationale a demandé au Conseil fédéral pourquoi rien n’était fait en Suisse. Dans sa réponse, le Conseil fédéral s’est retranché derrière le formalisme en disant que l’interdiction européenne de l’asulame était entrée en vigueur juste avant cette nouvelle disposition. C’est pourquoi il n’y a rien à faire dans notre pays. Quelqu’un se cache-t-il la tête dans le sable? Est-ce que c’est une bonne gestion administrative?

La position de la Confédération est incompréhensible, surtout si la dangerosité de l’asulame se confirmait à long terme. L’asulame n’est pas toxique dans l’immédiat mais développe potentiellement un effet cancérigène à long terme car il affecte la fonction thyroïdienne[2].

[1] https://www.agrarforschungschweiz.ch/fr/2005/06/residus-dasulame-dans-les-fleurs-de-dent-de-lion-apres-un-traitement-herbicide/
[2] https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.2903/j.efsa.2021.6921

L’asulame ne serait pas le premier produit chimique à ne montrer son visage toxique qu’avec le temps: les PCB (polychlorobiphényles), utilisés depuis les années 1940 mais totalement interdits seulement depuis 1986, en sont un bon exemple. Les PCB ne présentent pas de toxicité aiguë mais ils sont difficilement dégradables et s’accumulent dans la chaîne alimentaire. Pendant longtemps, ils ont été très utilisés comme produit chimique de construction polyvalent et bon marché. Désormais, les PCB sont omniprésents dans l’environnement et nous en ingérons quotidiennement de petites quantités à travers notre nourriture. Les effets sur la santé d’une exposition chronique aux PCB sont difficiles à évaluer. Un fort effet toxique sur la reproduction a été démontré. L’influence sur les hormones thyroïdiennes et les effets consécutifs sur le développement du cerveau sont discutés. Ce n’est pas très rassurant. Les PCB sont déjà partout. Et cela vaut aussi pour beaucoup d’autres poisons (environnementaux).

Combien de fois devrons nous encore subir ça?